Inongo vi Makomè

LA FIEVRE DU DEVELOPPEMENT EN AFRIQUE NOIR (S.O.S LOBE ET KRIBI)

Publicado 11.01.2014 en Blog | 0 comentarios

LA FIEVRE DU DEVELOPPEMENT EN AFRIQUE NOIR (S.O.S LOBE ET KRIBI)

Nous sommes nombreux à souhaiter et à nourrir l’espoir de contribuer au développement de l’Afrique, notre continent. Mais ce  désir se heurte à une sérieuse inquiétude.

Et cette inquiétude naît du fait que ce développement tant souhaité devrait impliquer que toute la population ait les aliments dont elle a besoin, que les plateaux techniques de nos hôpitaux possèdent un minimum d’équipements, et que son personnel reçoive les malades selon les normes et avec plus d’humanisme, sans tenir compte de leurs origines ni de leur pouvoir financier, mais seulement en fonction de la gravité de leurs maux; Que tous les enfants en âge scolaire puissent aller à l’école et se former pour l’avenir; Que toute la population ait de l’eau potable, etc. Mais tel n’est pas le panorama que nous observons.

La conquête de celles-ci et autres valeurs est primordiale et nécessaire. Mais à plusieurs endroits de nos pays, nous constatons une destruction aveugle de notre environnement. Il paraît que la fièvre du développement exige d’abattre les arbres des forêts, détruire les côtes,  privatiser, etc . Personne ne semble questionner ce genre de développement, et moins encore vers où il nous conduit. Le commun du peuple reste muet face à ce qui se passe autour de lui. La clairière provoquée par la destruction des forêts est brandie comme développement, comme civilisation, comme la fin de notre état primitif ou sauvage.

L’Afrique noire, notre continent, notre terre, notre village, est un grand peuple qui fut vaincu par d’autres dans le passé, et malgré les indépendances conquises, nous n’arrivons pas encore du tout à nous défaire du vaste manteau du complexe d’infériorité avec lequel les vainqueurs nous ont recouverts. Et je crois que nos objectifs doivent consister à nous dépouiller du complexe d’infériorité, retrouver notre personnalité, nos racines, et marcher avec assurance vers l’avenir, sans avoir tendance à vouloir nous justifier chaque fois pour ce que nous faisons ou ce que nous avons à faire. Parce que je crois que le concept de développement qu’on trouve de nos jours dans beaucoup de nos pays repose plus sur cette justification que sur l’essence même de ce qu’il doit être ou signifier.

Lorsque nous écoutons la propagande que certains de nos gouvernements font sur les objectifs à atteindre, avec des slogans faisant allusion à “Horizon deux mille et quelques…”, nous nous demandons, quels sont exactement les objectifs que nous poursuivons. Ce n’est pas que nous soyons contre le développement matériel qu’on nous prêche et nous promet. Ce qui nous inquiète est le fait d’observer que la course vers la lumière du développement matériel va concomitamment avec l´assombrissement de la course pour la conquête des valeurs humaines de base dont toute société a besoin. Je pourrais même oser affirmer que l´obscurité du chemin qui conduit à la conquête de ces valeurs de base est aujourd’hui plus intense que la lumière qui éclaire la conquête des biens matériels. C´est de là que procède la préoccupation de certains d´entre nous.

Dans cette course de fond vers le développement, le pillage des biens des Etats par ceux qui sont à la tête des gouvernements semble être plus un devoir et une obligation dans le contexte de ces projets de développement, que quelque chose qui aurait dû être interdit. Les fonctionnaires de catégories inférieures ne restent non plus en marge. Entrer dans n´importe quel service public pour solliciter un document suppose le paiement d´une espèce “ d´impôt révolutionnaire” au responsable en place, et on obtient jamais rien de ce pour quoi on paie. Ainsi donc, circuler sur nos routes est un véritable calvaire. Les gardes que les conducteurs rencontrent tout au long des routes paraissent plus être des mendiants ou des coupeurs de routes que des  fonctionnaires chargés de veiller sur la sécurité des citoyens. Un gendarme m´a confié un jour au Cameroun, que réussir à ce que le chef te désigne pour être en service dans la circulation routière équivaut à gagner un lot à la loterie. Tous les camarades bagarrent pour cela. Le chef est un véritable patron. Un dieu. A la fin de la journée, le garde désigné retourne d´abord au poste de commandement pour partager avec son chef les bénéfices. Pour traverser n´importe quelle frontière entre deux pays frères, il faut payer quelque chose aux militaires, gendarmes, douaniers, gardes-côtes, aux chefs des espaces portuaires ou ce qui en tient lieu. A une occasion, après avoir été ruiné par ces “impôts révolutionnaires“ du côté camerounais, j´ai eu à subir la même chose du côté de la Guinée Equatoriale à peine la frontière franchie. Là- bas, ils m´ont obligé, mis à part ce que l´on me demandait, à payer pour chacune des sacoches à main que je portais.

Sont-ce les objectifs que ces slogans qui préconisent nos pays comme émergeants vont nous aider à atteindre ? Allons-nous plus émerger en mal qu’en bien ? Dans mon pays le Cameroun, on construit, dit-on, un port en eaux profondes. Mais plus qu’en eaux profondes, il semble être un port en forêts, en brousses ou terres profondes. Sur une superficie plus ou moins de quelques trente kilomètres en longueur et en largeur, on est en train de procéder à l´expropriation des autochtones du coin, batanga, fangs, mabi et pygmées, de leurs terres. On les chasse de leurs villages, parce que, selon les commentaires, on va y construire une nouvelle ville… Mais quelle nouvelle ville exige pour sa construction qu´on se défasse d´abord de la présence des autochtones du lieu ? Quelque chose de mauvais sent dans ce projet comme dans bien d´autres. Les membres du gouvernement se servent de leurs postes et de leur pouvoir pour s´approprier  les terrains des pauvres citoyens sans voix ni choix. Des terrains dont ils multiplieront la valeur plus tard pour réaliser de grands bénéfices. On a déjà évoqué d´innombrables cas de ce genre en ce qui du pillage des pauvres. Cette culture du vol et de la duperie semble être celle choisie par nos mandataires pour nous conduire vers les supposés horizons de développement comme pays émergeants.

Sur cette route de la lumière du développement s´est intégrée l´entreprise française, Razel, qui sans aucun scrupule, a commencé à détruire l´environnement du fleuve Lobè, bouchant ses affluents, bien que ce fleuve jouisse de la protection de l´UNESCO. On n´a pas prévu le danger qu´encourront les habitants de cet endroit lorsque les affluents étant bouchés, les pluies arriveront, avec pour corollaire, les crues et le débordement du fleuve. Les vies des habitants n´importent pas tant que scintille la lumière du développement, et que les profits économiques d´une poignée de gens augmentent. Quand j´ai rencontré le jeune ingénieur français, responsable de l´entreprise et de cette barbarie sur le lieu qui est précisément mon village de naissance, je lui ai demandé si un tel crime pouvait être commis dans un quelconque endroit de la France ou de l´Europe. Souriant, il m´a répondu que le préfet du département ainsi que le chef du village l´y avaient autorisé. J´ai seulement manqué de lui demander pour quel montant d´argent…

C´est pourquoi j´invite les amis et toutes les personnes de bonne volonté dont je sais qu’ils habitent encore ce notre monde, pour qu’ils s´adressent à l´entreprise française, Razel, et la prient de respecter l´environnement particulier de mon village Lobè, avec son fleuve et ses chutes qui débouchent à quelques mètres de la mer. De même, qu’ils supplient son excellentissime, monsieur le président du Cameroun, Paul Biya, afin qu’il suive de près la construction du port en eaux profondes, mais sans déguerpir les natifs du coin. Il est possible qu´en raison de son âge avancé, qu’il ne soit pas au courant du pillage que ses plus proches collaborateurs sont en train d´effectuer, mais il faut réussir à lui faire réagir afin d´éviter ce désastre, ce “crime” contre son propre peuple.

S´il vous plaît, compagnons et amis du monde entier, aidez-nous à sauver notre environnement naturel du fleuve Lobè, ainsi que le sort des natifs des environs du port en eaux profondes de Kribi. Aller vers la lumière du développement ne doit pas signifier piétiner les plus faibles ou encore détruire notre environnement.

Inongo-Vi-Makomè

Ecrivain et dramaturge

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